mercredi 16 décembre 2009

0 commentaires


Zéro commentaires, zéro commentaires, 0 commentaires... ; "commentaires" écrit avec un "s": il n'y a pas de commentateurs, mais sachez qu'ils sont nombreux (en fait ils y sont tous) à n'accorder aucune valeur à ce que vous faites. Voilà la litanie du blog, l'ancre numérique de la solitude imparfaite.
Dans l'accumulation de défaites sans bataille, l'épée s'alourdit face à la cible absente et le chant du monde persiste au dessus de l'épaule luxée d'efforts et dit: "cesse! cesse! Tu es seul et loin du compte, tu frappes le vide et tes mains nues (car ton épée est imaginaire) vide le sang du sens".
Absorbé encore d'espoir, puisque j'écris ici, je reste dans l'attente. Attendre que le goût de l'effort revienne à la main. Depuis plusieurs jours: rien, sinon le zéro commentaires assis sur la chaise vide qui me fait face et qui regarde la cruche devant la fenêtre ouvrant sur quelques branches et un ciel.



dernière nature morte - 100x91 - 12/2009

vendredi 11 décembre 2009

Trace


La solitude se cristallise dans tous les plis de l'existence, aucun relais ne saurait l'atténuer. De ce poids naît la nécessité non pas de comprendre le monde mais d'être fidèlement dans le monde.

- Comment t’appelles-tu ?
- Je m’appelle moi.
- Ce n’est pas une réponse.
- Je suis absent de ma mémoire, mon âge vacille et j’ai perdu le jour de ma naissance depuis que juin s’accorde avec décembre. Je vis à gauche de l’arbre, près de la pierre grise. J’ignore le soleil et le satin du ciel et ne sens que le sol qui tantôt me pousse tantôt me retient.
- Et que fais-tu ?
- ?
- Que vis-tu !?
- Je ne vis pas, je meurs. Comme tous, je reçois les jours qui meurent depuis l’âge où ils ont cessé d’être des mondes. Je meurs et chaque toile est la trace de mon deuil et l’oubli de ma trace.
Perdu dans cet axiome, j’ai jeté les dés de l’angoisse par-dessus mon épaule et, je meurs, seconde après seconde.
- Tu n’attends donc plus rien. La folie te guette.
- Je n’attends plus rien en effet puisque j’ai jeté les dés derrière moi. Je n’attends rien puisque j’ai tout. Quant à la folie, laissons la où elle est : dans le labyrinthe sans porte où tu te trouves. Moi, j’ai des milliers de portes à ouvrir, chaque jour, depuis qu'ils ne sont plus des mondes et que je sais qu’il n’y a qu’un jour, plus de saisons et qu’un monde.



nature morte - 81x100 - 2009

lundi 16 novembre 2009

gravures - ports - 2009

Voici les gravures faites en même temps que la série des ports visible dans la vidéo de l'article suivant. La vidéo n'étant visible que sur une petite fenêtre, je préfère les présenter en photo.


burin sur aluminium - 16x20 - sept. 2009




burin sur aluminium - 10x14 - sept. 2009




burin sur fer - 16x11 - oct. 2009





burin sur fer - 21,7x11 - oct.2009

dimanche 15 novembre 2009

vidéo: ports 2009

Voici ici une série sur le port de Port-Bail faite entre la fin août et le début de novembre de cette année. Toutes les toiles sont présentées et un bon nombre de dessins (dessins toujours faits sur le motif ). Seules des gravures faites durant la même période ne sont pas présentes, je les mettrai directement en photo dans un prochain article.

video

lundi 9 novembre 2009

film: autoportraits

Ce petit diaporama présente des autoportraits sans que ceux-ci participent a une série. Seuls les dessins ne représentant que le regard ont été fait dans cet esprit. L'accumulation d'autoportraits dans mon travail ne vient pas d'une obsession narcissique, simplement la volonté de capter l'Homme dans sa solitude face au monde. Le modèle le plus abordable, le plus facilement présent au moment voulu: c'est soi-même sans autre préoccupation que de décrire une face humaine.
Ajouter, comme je l'ai fait, une chanson de Brel pour accompagner les images peut paraître soit inutile, soit bêtement "illustratif" (au risque de retirer le poids réel des oeuvres); mais comme un simple défilé de photos ne permet pas de voir vraiment, je fais le choix du "clip" qui faute de pouvoir montrer laisse au moins la trace d'une présence.


video

mardi 3 novembre 2009

gravures


autoportrait - burin sur aluminium - 20x16 - 2007




intérieur - burin sur aluminium - 16x20 - 2007




paysage - burin sur aluminium - 16x20 - 2008




nature morte - burin et pointe sèche sur cuivre - 20x25 - 2006



homme seul - burin sur aluminium - 16x20 - 2007



rue de Port-Bail - burin sur cuivre - 20x30 - 2006

jeudi 29 octobre 2009

Patrick Garnier, au lieu... par Philippe Blanchon


texte écrit pour l'exposition à la librairie La Nerthe à Toulon (var). Exposition qui se prolonge jusqu'au début 2010. Les tableaux illustrant le texte sont présents à l'exposition.

Patrick Garnier, au lieu…

Raison ou déraison que de passer la porte de l’atelier chaque jour délesté des faux bagages, comme de se placer devant un arbre, un champ, de faire poser pour soi l’ami, l’aimée, l’enfant, un carré de charbon à la main ? question qui tombe devant la nécessité. Il n’est pas d’idées que dans les choses selon l’injonction du poète William Carlos Williams. Ce qui est vrai pour un poète l’est d’autant pour un peintre. Le même Williams qui pensait qu'une œuvre devait être localisée pour prétendre à l'universel, comme il soulignait la vertu de l’imagination qui engendre le réel (l’esthétique telle que définie par Reverdy) et non de fausses copies et soustrait aux écueils gesticulatoires. Le monde ne peut être perçu que par notre humanité : nos sensations, nos sentiments, nos émotions se mêlant à notre culture et à notre imagination. L'artiste est alors comme l'entendait Kafka "citoyen de la terre", acceptant cette condition et travaillant avec elle, à partir d'elle, rêvant quelque "au-delà" proche et lointain, dans la main et inaccessible, création face création. Imagination désentravée, pas seulement geste ou inscription. A partir du réel car la poésie est « l’indifférence à tout ce manque de réalité » comme l’écrit Perros. Cummings aurait pu tout aussi bien dire de la poésie qu’elle était un oui. Et la peinture de Patrick Garnier est un oui car il peint le monde donc l'invente.
Il s'agit de "trouver le lieu et formule", nous avons souligné l’importance du "lieu" et il est vrai que Patrick Garnier est le pays qu'il peint. Depuis plus de dix ans maintenant, au bord de la Manche il risque chaque toile, devant le vertige qui saisit dans un champ, au bord de la mer, entre les murs d’un atelier, le tambour qui bat comme pour le premier homme quand le ciel bourdonne aux oreilles, et les yeux s’ouvrent larges pour nous déposséder, grands ouverts. Voyant ou aveugle, voyeur possiblement aussi comme le Bloom de Joyce agressé par le borgne, le cyclope. Nul besoin de changer de sujet, le même visage, le même bouquet, le même bateau offrent une réponse esthétique nouvelle possible à chaque recouvrement patient ou non de la toile, dans le temps redéfini, comme il le fut par Proust ou par Faulkner. Patient ou non, l’artiste, et là en l’occurrence Patrick Garnier, étant simultanément Stephen et Léopold, le ciel la terre le tout renversé et le soir comme la mer se retire, vie soumise au calendrier des marées sous le regard de l’ânesse, de la jument, du héron, le chat le foin la dune, le oui des choses, son monologue fait du seul langage pictural…

Patrick Garnier sera un temps étudiant aux Beaux-Arts de Tours (d'où il est originaire) où il verra la peinture considérée le plus souvent comme un stock d'images mises à disposition pour des analyses partiales et partisanes. En 1987, il a vingt et un ans, il découvre l'œuvre de Van Rogger : la peinture comme fin en soi et libre absolument. En Touraine, tout d'abord, paysages et natures mortes aux tons sourds dévoilent des compositions et un dessin singuliers. L'apprentissage est rude, les doutes nombreux, avant de se retrouver à lutter sur le "même terrain" que ces prestigieux prédécesseurs (Van Gogh, Cézanne, Van Rogger) : en Provence. Un passage par Aix où Van Gogh l'éblouit dans ce pays de Cézanne. Cette marque laissée se creuse encore alors que Patrick Garnier s'installe à Marseille où son atelier est le laboratoire de découvertes inédites dans ses domaines, dessin et couleur : sa singularité se creuse. Suivra un passage par la campagne d'Aix, à Eguilles, où les paysages se noircissent, le désordre de cette campagne lui pèse (d'où le retour parfois à l'ordre énoncé par ces prédécesseurs), la lutte est bien certaine. Enfin viendra ce "lieu" trouvé, son Nord, son ordre : le Cotentin.

Sa liberté s’y conquiert, pays vierge pour lui où tout reste à faire, où il fait et refait le monde sans cesse, émouvant parce qu'ému, usant de tous les moyens dont dispose un peintre. Ezra Pound dit d’Arnaut Daniel qu’il était polyphonique, ce que l’on peut entendre comme exigence et réussite possiblement commune entre musique et poésie devrait trouver son équivalent pictural pour qu'il ne soit pas fait injure au monde et à sa diversité ni à l'histoire qui le précède et qui ne cesse de nous bouleverser, contemporaine. Ce serait cela « trouver la formule », et Patrick Garnier peintre autant qu'il est possible de l'être s'en approche à chaque coup de pinceaux.

Philippe Blanchon

Philippe Blanchon est poète, dirige la collection "classique" du libraire éditeur La Nerthe et gére la librairie La Nerthe à Toulon . Patrick Garnier a illustré deux livres de Philippe Blanchon.



Philippe Blanchon est aussi l'auteur de trois autres recueils: le poème de Jacques suivi de l'Ambassadeur chez Mona Lisait, Le Reliquat de Santé aux éditions de la Courtine,
Capitale sous la neige aux éditions L'Actmem avec une couverture illustrée par un tableau de Vincent Rivière.